Alors que Donald Trump a déclaré en septembre dernier que l'utilisation du paracétamol pendant la grossesse causait l'autisme chez les enfants, cette affirmation a été contestée par de nombreux scientifiques. Une méta-analyse récente de plus de 8 millions de grossesses vient enrichir le débat et ne montre aucun sur-risque de TSA, TDAH ou déficience intellectuelle quand il est utilisé conformément aux recommandations
Quand la politique s’empare de la douleur des femmes enceintes
En septembre 2025, Donald Trump, président des États‑Unis, a affirmé lors d’une conférence de presse que la prise de Tylenol (acétaminophène/paracétamol) pendant la grossesse « cause l’autisme » et a exhorté les femmes enceintes à ne plus en prendre, sauf en cas de fièvre extrême. Ces déclarations s’appuyaient sur une revue d’études observationnelles suggérant une légère augmentation du risque de TSA ou de TDAH après exposition prénatale à l’acétaminophène, mais qui reconnaissait elle‑même ne pas démontrer de lien de causalité et présentait des limites méthodologiques importantes (biais de confusion, hétérogénéité des mesures d’exposition et des critères diagnostiques).
Cette prise de position présidentielle, largement relayée, a provoqué une inquiétude chez les femmes enceintes et les parents d’enfants autistes, en renforçant la culpabilité maternelle et en entretenant l’idée d’une cause médicamenteuse unique à ces troubles neurodéveloppementaux.
Ce que montre la grande revue : pas de sur‑risque démontré
Cette revue systématique et méta‑analyse récente, publiée dans The Lancet, portant sur 43 études de cohorte, dont 17 incluses dans les analyses quantitatives, visait à évaluer l’association entre exposition prénatale au paracétamol et TSA, TDAH ou déficience intellectuelle. Les auteurs ont privilégié les études les plus robustes méthodologiquement, notamment les études comparatives entre frères et sœurs, qui permettent de mieux contrôler les facteurs familiaux et génétiques partagés.
Les principaux résultats :
Dans les études avec comparaison entre frères et sœurs, l’exposition au paracétamol pendant la grossesse n’est pas associée à un risque accru de TSA (OR 0,98 ; IC 95 0,93–1,03), de TDAH (OR 0,95 ; 0,86–1,05) ni de déficience intellectuelle (OR 0,93 ; 0,69–1,24).
Lorsque l’on restreint l’analyse aux études jugées à faible risque de biais selon l’outil QUIPS, aucune association cliniquement significative n’est retrouvée pour les trois types de troubles.
Les résultats restent négatifs lorsqu’on considère uniquement les études avec un suivi de plus de cinq ans, ce qui est particulièrement important pour les diagnostics de TSA ou de TDAH.
Les légères associations positives décrites dans certaines méta‑analyses antérieures (risque relatif autour de 1,2–1,3) apparaissent probablement liées à des facteurs de confusion résiduels, comme la fièvre, la douleur chronique ou des vulnérabilités familiales et génétiques.
En pratique, cette revue conclut que les données disponibles « n’indiquent pas d’augmentation cliniquement significative du risque de TSA, de TDAH ou de déficience intellectuelle chez les enfants de femmes enceintes qui utilisent du paracétamol conformément aux instructions », confortant les recommandations existantes sur son innocuité en première intention pendant la grossesse.
Convergence sur un message rassurant
À la suite de la polémique, plusieurs organismes ont réaffirmé leur position sur le paracétamol en grossesse.
L’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) rappelle que l’acétaminophène demeure l’analgésique et antipyrétique de choix pendant la grossesse, utilisé à la dose la plus faible et sur la durée la plus courte nécessaires, et que le poids des preuves ne soutient pas un lien causal avec les troubles neurodéveloppementaux.
Le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists (RCOG) souligne que la nouvelle méta‑analyse fondée sur des études de fratries ne montre pas d’augmentation du risque d’autisme, de TDAH ou de déficience intellectuelle, et indique clairement que prendre du paracétamol pendant la grossesse ne cause pas l’autisme.
L’Agence européenne des médicaments (EMA) et les autorités britanniques (MHRA) indiquent que l’usage du paracétamol pendant la grossesse reste inchangé et qu’il n’existe pas de preuve robuste d’un lien causal avec l’autisme ; elles rappellent néanmoins les principes de prudence habituels : indication justifiée, dose minimale efficace, durée la plus courte possible.
En France, des acteurs institutionnels réaffirment, sur la base des données disponibles, qu’aucun lien avéré n’est démontré entre paracétamol et autisme, tout en rappelant de respecter les posologies et de ne pas banaliser la prise médicamenteuse.
Cette controverse est l’occasion de réaffirmer une posture de médiation scientifique et éthique entre la littérature et les vécus des femmes. Les données affirment que, correctement utilisé, le Paracétamol reste une thérapeutique essentielle de la prise en charge de la douleur et de la fièvre pendant la grossesse.
