Près de 12% des femmes déclarent avoir vécu des difficultés psychologiques pendant la grossesse. Pourtant, selon les données nationales publiées par Santé publique France, près des trois quarts d'entre elles n'ont bénéficié d'aucun soin anténatal en santé mentale. l'étude met en évidence plusieurs dispositifs associés à un meilleur recours aux soins, parmi lesquels les visites à domicile des sages-femmes, les entretiens avec un travailleur social et la préparation à la naissance et à la parentalité. Un enjeu majeur alors que la santé mentale périnatale s'impose comme une priorité de santé publique.
Quand les difficultés psychologiques ne conduisent pas aux soins
Les résultats de l'Enquête nationale périnatale 2021 mettent en lumière un constat marquant. Parmi les femmes déclarant avoir rencontré des difficultés psychologiques pendant leur grossesse, près des trois quarts (73,1 %) rapportent ne pas avoir eu recours à des soins anténatals en santé mentale.
Ce résultat est d'autant plus interpellant que ces femmes ont elles-mêmes identifié un mal-être psychologique. Il ne s'agit donc pas uniquement d'un problème de dépistage, mais également d'un enjeu d'accès aux soins, d'orientation et d'accompagnement dans le parcours de santé.
L'étude ne permet pas d'expliquer à elle seule toutes les raisons de ce non-recours. Elle met néanmoins en évidence plusieurs caractéristiques associées à une moindre utilisation des soins psychologiques pendant la grossesse.
Une souffrance psychique fréquente après la naissance
Les données rappellent l'ampleur des enjeux de santé mentale au cours de la période périnatale.
À deux mois post-partum, 16,7 % des femmes présentent des symptômes de dépression, 27,6 % des symptômes d'anxiété et 5,4 % déclarent des idées suicidaires. Au total, près d'une femme sur trois présente au moins une de ces manifestations psychiques.
L'évolution dans le temps apporte également un enseignement important. Si les prévalences diminuent globalement à six mois post-partum, les symptômes dépressifs restent présents chez près de 12 % des femmes à un an après l'accouchement. Plus préoccupant encore, la proportion de femmes rapportant des idées suicidaires augmente de nouveau à douze mois post-partum après avoir diminué à six mois.
Ces résultats rappellent que la vulnérabilité psychique ne s'arrête pas aux premières semaines suivant la naissance et justifient un repérage qui s'inscrit dans la durée.
Des femmes plus exposées que d'autres
L'étude identifie plusieurs caractéristiques associées à un risque accru de symptômes dépressifs ou anxieux à deux mois post-partum.
Parmi les facteurs communs figurent un âge maternel plus jeune, des antécédents de soins en santé mentale depuis l'adolescence, une faible littératie en santé, un soutien insuffisant de l'entourage ainsi qu'un vécu négatif de l'accouchement.
Les auteurs soulignent également l'importance du vécu de la naissance. Pour la dépression, un accouchement par voie basse instrumentale apparaît parmi les facteurs associés. Pour l'anxiété, c'est davantage l'insatisfaction concernant la prise en charge de la douleur qui ressort.
Ces résultats invitent à considérer la santé mentale périnatale comme une dimension pleinement intégrée à l'expérience de la grossesse, de l'accouchement et du post-partum.
Les sages-femmes, un levier identifié par l'étude
L'un des apports les plus intéressants du rapport concerne les facteurs associés à un meilleur recours aux soins anténatals en santé mentale.
Les femmes ayant bénéficié de visites à domicile réalisées par une sage-femme étaient plus susceptibles d'avoir recours à des soins en santé mentale lorsqu'elles rencontraient des difficultés psychologiques pendant leur grossesse. L'étude observe également une association favorable avec les entretiens réalisés par des travailleurs sociaux et avec la participation aux séances de préparation à la naissance et à la parentalité.
Ces résultats ne démontrent pas un lien de causalité, mais ils montrent qu'un accompagnement professionnel renforcé pendant la grossesse est associé à une meilleure entrée dans le parcours de soins psychologiques.
Pour les sages-femmes, ils confortent l'importance des temps d'échange, de l'entretien prénatal précoce, de la préparation à la naissance et des visites à domicile comme opportunités privilégiées de repérage et d'orientation.
L'entretien postnatal précoce insuffisamment exploité
Le rapport rappelle également l'intérêt de l'entretien postnatal précoce, dont l'objectif est notamment de repérer les difficultés psychologiques entre la quatrième et la huitième semaine après la naissance.
Selon les données citées dans le document, seules 25 % des femmes en bénéficiaient en 2025. Les auteurs soulignent donc l'intérêt de renforcer l'accès à cet entretien et d'y intégrer davantage les outils de repérage recommandés, notamment l'Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS).
Le rapport souligne que cet outil peut contribuer au repérage des symptômes dépressifs, des symptômes anxieux ainsi que des idées suicidaires au cours de la période périnatale.
Au-delà du dépistage, construire un parcours de soins
L'une des principales leçons de ces travaux est que le repérage, à lui seul, ne suffit pas. Identifier une souffrance psychique n'a de sens que si les femmes peuvent ensuite accéder à une prise en charge adaptée.
Les auteurs rappellent que les soins en santé mentale périnatale vont de l'accompagnement psychologique aux prises en charge spécialisées et qu'un accès précoce aux soins est un enjeu majeur de santé publique. Ils soulignent également que le suicide demeure l'une des principales causes de mortalité maternelle en France.
Dans ce contexte, la santé mentale périnatale apparaît comme un enjeu de parcours. Les consultations de suivi, les séances de préparation à la naissance, les visites à domicile, l'entretien prénatal précoce et l'entretien postnatal précoce constituent autant de points de contact susceptibles de favoriser l'orientation vers les ressources adaptées.
Une nouvelle responsabilité collective
Les données nationales montrent que la souffrance psychique périnatale est fréquente et que le non-recours aux soins demeure massif chez les femmes qui en auraient potentiellement besoin. Elles mettent également en évidence plusieurs leviers concrets susceptibles d'améliorer l'accès aux prises en charge.
L'enjeu dépasse désormais le seul dépistage. Il s'agit également d'accompagner les femmes dans leur parcours, de faciliter leur orientation vers les soins adaptés et de contribuer à réduire les obstacles qui persistent entre l'identification d'une difficulté psychologique et l'accès effectif à une prise en charge. Au regard des données présentées par Santé publique France, cette étape apparaît aujourd'hui comme l'un des principaux défis de la santé mentale périnatale.
Source :
Santé mentale des femmes en période périnatale en France en 2021 : résultats issus des enquêtes nationales ENP, ENP-DROM et Epifane. Santé publique France. Juillet 2026.
