En une décennie, les pratiques obstétricales françaises ont profondément évolué. L’épisiotomie, longtemps considérée comme un geste protecteur, a connu une chute spectaculaire, reflet d’une volonté accrue de respecter la physiologie de l’accouchement et d’appliquer des pratiques fondées sur les preuves.. Pourtant, dans le même temps, plusieurs indicateurs de morbidité maternelle sévère progressent : déchirures périnéales graves, hémorragies du post-partum sévères et recours à la césarienne. Les données nationales de surveillance périnatale interrogent : comment expliquer cette coexistence entre "démédicalisation" de certains gestes et augmentation de certaines complications ?
Une révolution silencieuse des pratiques obstétricales
Entre 2012 et 2024, le taux d'épisiotomie est passé de 16,2 % à 2,8 % des accouchements par voie basse. Cette diminution constitue l'une des évolutions les plus marquantes des pratiques obstétricales observées au cours de la période
Cette évolution témoigne d'une transformation importante des pratiques obstétricales observées sur la période. Elle s'inscrit dans un contexte plus large d'évolution des recommandations professionnelles et de réévaluation de certains gestes historiquement fréquents en salle de naissance.
La progression des déchirures sévères
Cependant, les données mettent en évidence une évolution moins favorable. Alors que les épisiotomies diminuent fortement, la fréquence des déchirures périnéales sévères a doublé au cours de la période étudiée pour atteindre 1,36 % des accouchements.
Il serait toutefois réducteur d'établir un lien de causalité direct entre ces deux phénomènes. Les données de surveillance décrivent des évolutions concomitantes mais ne permettent pas, à elles seules, d’en expliquer les mécanismes.
Plusieurs facteurs pourraient contribuer à ces évolutions, sans que les données de surveillance permettent de mesurer précisément leur poids respectif. Les données montrent une augmentation de certains facteurs de risque maternels, notamment l'âge à la maternité, l'obésité, le diabète préexistant et le diabète gestationnel.
Pour les professionnels, cette augmentation rappelle l’importance du repérage des facteurs de risque, de la protection périnéale et de la formation continue à la prévention et à la prise en charge des traumatismes obstétricaux.
L’hémorragie du post-partum : une vigilance toujours nécessaire
Autre signal fort du bulletin : l’augmentation des hémorragies du post-partum sévères. Leur fréquence atteint désormais 0,92 %, témoignant d’une progression au cours de la période analysée.
Cette complication demeure l’une des principales urgences obstétricales. Malgré les progrès réalisés en matière de protocoles, de simulation et de prise en charge multidisciplinaire, les chiffres montrent que le risque n’a pas disparu.
La surveillance nationale souligne ainsi la nécessité de maintenir un haut niveau de préparation des équipes de maternité. L’identification précoce des situations à risque, la standardisation des pratiques et le travail coordonné entre sages-femmes, obstétriciens, anesthésistes et équipes de banque du sang restent des piliers de la sécurité maternelle.
Pourquoi les césariennes continuent-elles d’augmenter ?
Les données mettent également en évidence une progression du recours à la césarienne, dont le taux atteint 22 % des naissances en 2024.
Cette évolution peut sembler paradoxale dans un contexte où les politiques de périnatalité encouragent une prise en charge plus physiologique. Pourtant, les maternités accueillent aujourd’hui des patientes présentant plus fréquemment des grossesses à risque : âge maternel plus élevé, augmentation des pathologies chroniques et progression du diabète gestationnel.
L’enjeu n’est donc pas d’opposer physiologie et sécurité, mais de rechercher un équilibre permettant d’adapter la prise en charge au niveau de risque tout en évitant les interventions non justifiées.
Vers une nouvelle lecture de la qualité des soins
Pendant de nombreuses années, certains indicateurs, comme la diminution du taux d’épisiotomie, ont été perçus comme des marqueurs majeurs d’amélioration des pratiques. Les données récentes invitent à nuancer cette lecture.
La qualité des soins ne peut être résumée à la seule réduction d’un acte technique. Elle doit être évaluée à travers un ensemble d’indicateurs intégrant la sécurité maternelle, les complications obstétricales, le vécu des femmes et les résultats pour les nouveau-nés.
Les tendances observées entre 2012 et 2024 rappellent qu’aucun indicateur ne peut être analysé isolément. Une politique visant à réduire les interventions inutiles doit s’accompagner d’un suivi rigoureux des effets attendus et inattendus afin de garantir une amélioration globale de la qualité des soins.
Trouver le juste équilibre
Les données nationales mettent en évidence une évolution complexe des pratiques obstétricales. La diminution spectaculaire du recours à l'épisiotomie coexiste avec une augmentation des déchirures périnéales sévères, des hémorragies du post-partum sévères et une progression du taux de césariennes. Ces constats soulignent l'intérêt d'une lecture globale des indicateurs de santé périnatale et rappellent qu'aucun indicateur, pris isolément, ne suffit à évaluer la qualité des soins
Le défi des prochaines années sera probablement moins de choisir entre intervention et non-intervention que d’identifier, pour chaque femme, le juste niveau d’accompagnement. À l’heure où le profil des parturientes évolue et où les attentes en matière de qualité des soins se renforcent, cette capacité d’adaptation pourrait constituer l’un des principaux enjeux de l’obstétrique moderne.
Source :
Bulletin Santé périntale et petite enfance. Surveillance de la santé périnatale 2012-2024.Santé publique France. 08/07/2026
