En 2026, le 5ᵉ Programme National Nutrition Santé (PNNS) réaffirme l’urgence d’agir sur la nutrition des femmes dès le désir de grossesse et pendant la petite enfance. Avec des objectifs ambitieux – comme 85 % d’enfants allaités à la naissance ou une réduction de 30 % du surpoids chez les enfants –, les sages-femmes jouent un rôle clé dans la diffusion de ces recommandations.
Voici les 5 messages prioritaires à intégrer dans votre pratique, validés par l’Anses, le HCSP et Santé publique France, pour accompagner les femmes et leurs familles vers une santé durable :
La vitamine B9 (folates) est indispensable dès le projet parental
Pourquoi ?
- 1 femme sur 5 en âge de procréer présente un risque de déficit en folates
- Les anomalies de fermeture du tube neural (AFTN) – malformations graves du cerveau et de la moelle épinière – peuvent être évitées à 70 % par une supplémentation en acide folique (vitamine B9 synthétique) avant la conception et pendant les 3 premiers mois de grossesse
- Problème actuel : Moins d’1 femme sur 3 commence la supplémentation avant la grossesse
Le message clé :
Dès que vous envisagez une grossesse, prenez 400 µg/jour d’acide folique (en complément d’une alimentation riche en folates naturels : légumes verts, légumineuses, agrumes).
Poursuivez jusqu’à la fin du 3ᵉ mois de grossesse.
Si vous avez des antécédents d’AFTN ou prenez certains médicaments (antiépileptiques), parlez-en à votre médecin : une dose plus élevée peut être nécessaire.
Allaitement maternel : chaque goutte compte, et le soutien fait la différence
Pourquoi ?
- 77 % des enfants sont allaités à la maternité en France (étude Epifane, 2021), mais seulement 50 % à 2 mois et 33 % à 6 mois.
- L’allaitement réduit les risques de :
- Infections (gastro-entérites, otites) chez le nourrisson.
- Obésité, diabète de type 2 et certains cancers (sein, ovaire) chez la mère.
- Mortalité infantile (OMS).
- Objectif PNNS 5 : 85 % d’enfants allaités à la naissance et 75 % en allaitement exclusif à la sortie de la maternité.
Le message clé :
- Allaiter, même peu de temps, est bénéfique pour vous et votre bébé." (Pas de culpabilité si l’allaitement est court ou mixte.)
- Vous avez le droit à un soutien gratuit :
- Lignes d’écoute : Un numéro vert national est à l’étude (recommandation HCSP, 2024).
- Réseaux de périnatalité : Coordination entre maternités, PMI et sages-femmes libérales pour un suivi sans rupture après la sortie.
- Consultations en urgence : Possibilité de consulter une sage-femme ou un pédiatre pour des problèmes d’allaitement (douleurs, mauvaise prise du sein, etc.).
- En cas de reprise du travail, vous pouvez :
- Tirer votre lait (un protocole national sur la conservation du lait maternel en crèche est en cours d’élaboration).
- Bénéficier d’un temps d’allaitement (article L. 1225-30 du Code du travail) : 1 heure par jour jusqu’aux 1 an de l’enfant."
À éviter :
- Les substituts du lait maternel : Le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel (OMS, 1981) doit être strictement respecté. Une évaluation de son application en France est en cours (IGAS, 2026) pour limiter le marketing abusif.
Alimentation pendant la grossesse : privilégiez la qualité et la diversité
Pourquoi ?
- Une alimentation déséquilibrée pendant la grossesse augmente les risques de :
- Prématurité.
- Petit poids de naissance.
- Diabète gestationnel.
- Allergies chez l’enfant (lien avec les régimes pauvres en oméga-3 et riches en aliments ultra-transformés).
Message clé :
- Mangez varié et équilibré :
- Fruits et légumes : 5 portions/jour (frais, surgelés ou en conserve sans sel ajouté).
- Protéines : Viande (max 500 g/semaine), poisson (2x/semaine, dont 1 gras : saumon, sardine, maquereau) pour les oméga-3.
- Féculents complets : 1x/jour (pain complet, quinoa, lentilles).
- Produits laitiers : 2 à 3 portions/jour (yaourt nature, fromage, lait).
- Huiles : Colza, noix, olive (à privilégier).
- Évitez :
- Alcool (risque de syndrome d’alcoolisation fœtale).
- Excès de caféine (max 200 mg/jour, soit 2 tasses de café).
- Aliments ultra-transformés (riches en sel, sucres, additifs).
- Poissons prédateurs (espadon, marlin, requin) : risque de méthylmercure.
- Adaptez-vous à vos besoins :
- Besoin énergétique : +200 à 400 kcal/jour en moyenne (selon l’IMC et l’activité physique).
- Fer : Viande rouge (1x/semaine), légumineuses, épinards + supplémentation si carence (sur prescription).
- Calcium : Produits laitiers, eaux minérales riches en calcium, amandes.
Diversification alimentaire : commencez à 6 mois, mais pas avant 4 mois
Pourquoi ?
Avant 4 mois : Le système digestif de bébé n’est pas mature.
- Après 6 mois : Risque de carences (fer, zinc) si le lait seul ne suffit plus.
- Entre 4 et 6 mois : Fenêtre optimale pour introduire les aliments un par un, en respectant les signes de maturité de bébé (tenue assise, intérêt pour la nourriture).
Le message clé :
- Commencez par :
- Légumes (carotte, courgette, haricot vert) cuits et mixés.
- Fruits (pomme, poire, banane) en compote sans sucre ajouté.
- Céréales infantiles (sans gluten au début si antécédents familiaux de maladie cœliaque).
- Introduisez progressivement :
- Viande, poisson, œuf (à partir de 7 mois) pour le fer et les oméga-3.
- Légumineuses (lentilles, pois chiches) bien cuites et mixées.
- Produits laitiers (yaourt nature, fromage blanc) à partir de 6 mois.
- Évitez :
- Sel, sucre, miel (risque de botulisme avant 1 an).
- Lait de vache non adapté (avant 1 an, risque de carence en fer).
- Aliments durs (noix entières, raisins entiers) : risque d’étouffement
- Allaitement ou lait infantile :
- Poursuivez jusqu’à 1 an minimum (recommandation OMS).
- Pas de lait végétal non adapté (sauf sur avis médical).
Activité physique : bougez pendant et après la grossesse !
Pourquoi ?
- Pendant la grossesse :
- Réduction du risque de diabète gestationnel (-30 %).
- Moins de prise de poids excessive.
- Meilleur accouchement (diminution des césariennes).
- Post-partum :
- Récupération plus rapide.
- Prévention de la dépression post-partum.
- Maintien du poids de forme.
Le message clé :
- 30 minutes d’activité physique modérée par jour (marche, natation, yoga prénatal, vélo d’appartement).
- Écoutez votre corps :
- Évitez les sports à risque de chute (équitation, ski) ou impact violent (course à pied intense).
- Adaptez l’intensité : pas d’essoufflement excessif.
- Après l’accouchement :
- Reprenez progressivement (dès la 6ᵉ semaine si accouchement sans complication).
- Renforcement du périnée : Rééducation obligatoire (10 séances remboursées à 100 %).
- Activités douces : Marche avec bébé, portage physiologique, gym post-natale.
Pour aller plus loin : le rôle des sages-femmes dans le PNNS 5
Le PNNS 5 insiste sur 3 leviers d’action pour les professionnels :
1:Former sur :
L’allaitement (recommandation HCSP, 2024).
La nutrition préconceptionnelle (intégration dans les bilans de prévention depuis 2024).
2.Informer :
Diffuser les outils labellisés PNNS (brochures, affiches, vidéos).
Sensibiliser aux risques des compléments alimentaires (action n°10 du PNNS 5) : Nutrivigilance pour signaler les effets indésirables
3.Agir en réseau :
Collaboration avec les PMI, maternités labellisées IHAB, et Maisons Sport-Santé.
Participation aux Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) pour une alimentation durable (ex : ateliers cuisine en crèche).
À retenir :
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Sources :
- PNNS 5 (2026-2030) : Ministère de la Santé.
- Santé publique France :
- HCSP :
- Anses :
