À partir de la rentrée universitaire 2026, certaines protections menstruelles réutilisables seront partiellement remboursées en France pour les femmes de moins de 26 ans Une mesure attendue de longue date, à la croisée des enjeux de santé publique et d'équité sociale.
Une reconnaissance tardive mais majeure de la précarité menstruelle
Longtemps invisibilisée, la précarité menstruelle concerne aujourd'hui plusieurs millions de femmes en France, en particulier les plus jeunes. Difficultés financières, renoncements à des protections adaptées, stratégies de débrouille parfois au détriment de la santé : ces réalités sont désormais mieux documentées et reconnues.
La décision de rembourser les protections menstruelles réutilisables s'inscrit dans cette dynamique de reconnaissance. Votée dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024, la mesure entrera finalement en application à la rentrée 2026. Elle ciblera les femmes de moins de 26 ans ainsi que celles bénéficiant de la complémentaire santé solidaire.
Concrètement, les culottes menstruelles et les coupes seront prises en charge à hauteur de 60% par l'Assurance maladie, avec un complément possible par les mutuelles.
Un levier à la fois social, économique et écologique
Au-delà de l'accès aux protections, cette mesure poursuit plusieurs objectifs structurants.
D'abord, un objectif social : réduire les inégalités d'accès à l'hygiène menstruelle, encore trop dépendantes des ressources financières. Pour les professionnelles de la santé, notamment les sages-femmes, cette avancée peut constituer un appui concret dans l'accompagnement global des patientes.
Ensuite, un objectif économique : alléger une dépense contrainte récurrente, souvent sous-estimée dans le budget des jeunes femmes.
Enfin, un objectif écologique : encourager le recours à des protections réutilisables, moins génératrices de déchets et éventuellement moins exposantes à certaines substances chimiques, sous réserve de leur qualité de fabrication.
Des conditions de mise en œuvre déterminantes
Si la mesure est largement saluée, plusieurs points de vigilance émergent. Le premier concerne la sélection des produits. L'Agence nationale de sécurité sanitaire devra établir une liste de dispositifs éligibles, intégrant des critères de sécurité, de composition et d'impact environnemental. Ce cadrage sera essentiel pour garantir la qualité des produits remboursés.
Le deuxième enjeu est celui de l’adéquation aux besoins. Toutes les femmes n'ont pas les mêmes flux, les mêmes préférences ni les mêmes conditions de vie. Les protections réutilisables, bien qu'innovantes, ne constituent pas une solution universelle. Certains patients peuvent rencontrer des freins pratiques, culturels ou médicaux à leur utilisation.
Enfin, la question de l'accès réel aux droits reste centrale : information, prescription éventuelle, compréhension du remboursement, rôle des mutuelles… Autant de paramètres qui conditionneront l'efficacité concrète du dispositif.
Quelle place pour les sages-femmes ?
Dans ce contexte, les sages-femmes ont un rôle clé à jouer. En première ligne sur les questions de santé intime et de prévention, elles peuvent :
informer de manière éclairée sur les différents types de protections menstruelles,
accompagner les choix en fonction des besoins et des situations individuelles,
repérer les situations de précarité menstruelle,
contribuer à lever les tabous encore persistants autour des règles.
Cette mesure ouvre ainsi un espace supplémentaire de dialogue et d'éducation à la santé, au cœur des compétences des sages-femmes.
Entre avancée sociétale et défi opérationnel
Le remboursement des protections menstruelles réutilisables marque une étape importante dans la reconnaissance des droits liés à la santé menstruelle. Il traduit une évolution des politiques publiques vers davantage d'équité et de durabilité.
Mais son impact réel dépendra de sa mise en œuvre concrète, de son appropriation par les professionnelles de la santé et de sa capacité à répondre à la diversité des besoins des femmes.
Référence :
Les protections menstruelles réutilisables désormais remboursées - Jim - 17 avril 2026.
