Fatigue persistante, troubles anxieux, difficultés sexuelles, sentiment d'isolement, traumatisme lié à l'accouchement… Bien après la visite postnatale, de nombreux parents continuent à traverser des difficultés souvent invisibles. Une étude ambitieuse qui invite à repenser notre regard sur le post-partum
Un angle mort des politiques périnatales
Le post-partum est fréquemment présenté comme une période de quelques semaines, centrée sur la récupération physique immédiate et l'adaptation aux premiers soins du nouveau-né. Pourtant, pour de nombreuses familles, les répercussions de la naissance se prolongent bien au-delà.
Douleurs persistantes, incontinence, épuisement, difficultés relationnelles, reprise de la sexualité, symptômes dépressifs ou anxieux : ces réalités restent encore insuffisamment documentées à l'échelle des populations. Si la dépression du post-partum fait désormais l'objet d'une attention croissante, d'autres dimensions essentielles de la santé parentale demeurent peu explorées.
Cette lacune est d'autant plus préoccupante que la première année de vie de l'enfant constitue une période charnière pour l'ensemble de la famille.
Une étude inédite à l'échelle nationale
L'étude suisse SOCRATES (Stress Of Co-parents Related to A Traumatic Experience of birth across Switzerland) se donne pour objectif de mieux comprendre l'évolution de la santé et du bien-être des parents durant les douze mois suivant la naissance.
Plus de 80 maternités, maisons de naissance et organisations de sages-femmes ont participé au recrutement. Les chercheurs suivront plusieurs milliers de mères et de coparents grâce à des questionnaires administrés à différents moments : juste après la naissance, puis à deux, six et douze mois.
L'originalité de cette cohorte réside dans son approche globale. Les investigateurs ne s'intéressent pas uniquement à l'absence de maladie, mais à l'ensemble des dimensions qui façonnent l'expérience parentale :
- la santé mentale ;
- le rétablissement physique ;
- la santé sexuelle ;
- la qualité de vie ;
- le bien-être psychologique ;
- l'expérience vécue des soins ;
- les inégalités sociales et de genre ;
- la place et la santé des coparents.
Le traumatisme lié à l'accouchement sous les projecteurs
Parmi les objectifs prioritaires de l'étude figure l'évaluation du trouble de stress post-traumatique lié à l'accouchement.
Ce trouble, encore insuffisamment repéré, peut se manifester par des reviviscences, des conduites d'évitement, une hypervigilance ou une altération durable du fonctionnement quotidien. Ses conséquences dépassent la sphère individuelle : elles peuvent influencer la relation parent-enfant, la vie conjugale et le recours ultérieur aux soins.
Pour les sages-femmes, cette question soulève des enjeux majeurs de dépistage précoce, d'écoute et d'orientation vers des ressources adaptées.
Les coparents : les grands oubliés du post-partum ?
L'un des apports majeurs de SOCRATES est d'intégrer les coparents dans l'évaluation de la santé postnatale.
Depuis plusieurs années, la littérature souligne que les partenaires peuvent eux aussi présenter des symptômes dépressifs, anxieux ou traumatiques après la naissance. Pourtant, leurs besoins restent peu pris en compte dans l'organisation des soins.
En incluant systématiquement les coparents, cette étude reconnaît que la transition vers la parentalité est une expérience familiale, influencée par les interactions au sein du couple et par le contexte social dans lequel évoluent les parents.
Quel rôle pour les sages-femmes ?
La profession de sage-femme occupe une position privilégiée pour accompagner cette période souvent qualifiée de « quatrième trimestre », mais qui pourrait, à la lumière des connaissances émergentes, s'étendre bien au-delà.
Les visites à domicile, les consultations postnatales et les temps d'échange informels constituent autant d'occasions d'évaluer le vécu des parents, de repérer les vulnérabilités et de valoriser les ressources existantes.
Cette approche globale implique également d'aborder des sujets parfois délaissés : sexualité, charge mentale, sentiment de compétence parentale, qualité du soutien social ou encore impact des inégalités socio-économiques sur la santé.
Vers une nouvelle conception du post-partum ?
L'étude SOCRATES ne livrera ses premiers résultats que dans les prochaines années. Mais son protocole envoie déjà un message fort : la santé postnatale ne peut être réduite à quelques indicateurs biomédicaux mesurés dans les semaines suivant l'accouchement.
Penser le post-partum comme un processus dynamique, multidimensionnel et familial pourrait transformer les pratiques cliniques et les politiques de santé périnatale.
Pour les sages-femmes, cette évolution représente à la fois un défi et une opportunité : celle de continuer à défendre une vision globale, relationnelle et centrée sur les besoins réels des familles.
À retenir
- La première année après la naissance reste insuffisamment étudiée malgré des besoins importants des familles.
- La cohorte suisse SOCRATES suivra des milliers de mères et de coparents pendant douze mois.
- L'étude s'intéresse à la santé mentale, physique, sexuelle et sociale des parents.
- Le traumatisme lié à l'accouchement constitue l'un des axes majeurs de recherche.
- Les résultats pourraient contribuer à faire évoluer l'organisation des soins postnataux vers une approche plus globale et plus durable.
Référence :
Gaucher L., Desplanches T., Sormani J. et al. Maternal and coparent health and well-being during the first 12 months postpartum: protocol of the SOCRATES national cohort study in Switzerland. BMJ Open. 2026; doi:10.1136/bmjopen-2026-121443.
