Cinq ans après la réforme de la bioéthique, l'adhésion au don de gamètes n'a jamais été aussi forte dans la société française. Pourtant, les centres de don font face à une réalité obstinée : le passage à l'acte reste marginal. Publié par l'Agence de la biomédecine, le baromètre 2026 (réalisé par Viavoice) décrypte l'entonnoir d'engagement des donneurs potentiels et met en lumière les leviers d'information indispensables pour transformer ce soutien moral en actes concrets.
Une adhésion sociétale solide mais un engagement étroit
L'époque où le don de gamètes souffrait d'un déficit d'image ou de notoriété semble révolue. Les données de l'enquête confirment une inscription durable du sujet dans l'espace public : 76 % des Français se déclarent favorables au don de gamètes et 77 % en ont déjà entendu parler.
Cependant, lorsque l'on observe la dynamique de décision chez les personnes en âge de donner, le parcours s'apparente à un entonnoir particulièrement sélectif :
L'intention théorique : 54 % des personnes favorables et en âge de donner se disent « prêtes » à effectuer un don (un chiffre en progression continue depuis 2016, où il s'établissait à 43 %).
Le sentiment de projection : Seules 32 % des personnes en âge de donner se sentent personnellement concernées.
Le croisement information-engagement : À peine 15 % des répondants réunissent simultanément trois conditions clés : être favorables, se sentir concernés et s'estimer suffisamment informés.
Le noyau d'engagement concret : In fine, seuls 11 % des Français en âge de donner constituent le groupe véritablement prêt à s'engager dans la démarche.
Le profil des donneurs : Cible jeune et prédominance féminine
À mesure que l'on se rapproche d'une intention d'action, le profil des répondants se précise. Le baromètre met en évidence deux cibles démographiques majeures :
Les 25-34 ans : Ils représentent à eux seuls 43 % de l'ensemble des donneurs potentiels.
Les femmes : Plus réceptives à la démarche, 37 % d'entre elles en âge de donner se sentent concernées en tant que donneuses potentielles, contre 30 % des hommes.
L'étude note également un effet d'entraînement significatif chez les personnes ayant été directement confrontées à des parcours d'infertilité au sein de leur entourage familial ou amical.
Qu'attendent les futurs donneurs ?
Bien que 47 % des Français estiment disposer de suffisamment d'informations générales, le besoin d'éléments pragmatiques reste le principal déclencheur du passage à l'acte. Parmi les personnes favorables au don, les attentes se focalisent sur des données précises :
Comprendre la tension du système : 43 % réclament plus de précisions sur le manque de dons et le nombre de patients en attente sur les listes.
Traçabilité et sens : 43 % souhaitent mieux appréhender l'utilisation concrète qui sera faite de leurs gamètes.
Incarnation et témoignages : 38 % indiquent que les récits de donneurs ou de couples récepteurs constitueraient un facteur d'encouragement décisif.
Pratique et accompagnement : Près de 25 % recherchent un éclairage pas-à-pas sur les étapes médicales, les centres de proximité et la prise en charge dédiée.
Fertilité et natalité : Une préoccupation
Le baromètre révèle que la question du don s'inscrit dans une inquiétude plus large de la population vis-à-vis de la santé reproductives :
56 % des Français se disent préoccupés par la hausse de l'infertilité.
50 % expriment une inquiétude face à la pénurie de gamètes.
49 % s'inquiètent de la baisse de la natalité en France.
D'ailleurs, pour 37 % des personnes interrogées, la prise de conscience de la progression de l'infertilité dans le pays représente un motif suffisant pour les inciter à passer à l'acte. Pour les sages-femmes, ces données rappellent l'importance d'aborder la santé sexuelle et reproductive sous l'angle de la prévention et de la solidarité biologique lors des suivis de routine chez les 25-34 ans.
Source : CP Agence de la biomédecine - Baromètre français et le don de gamères 2026.
