De nombreux jeunes déclarent connaître le VIH, le HPV, le cycle menstruel ou le frottis du col de l’utérus. Mais dès que les questions deviennent précises, les certitudes s’effritent. Le rapport du Sondage OpinionWay pour HEYME, réalisé auprès de 1 003 Français âgés de 15 à 28 ans, met en évidence un écart entre familiarité avec les sujets de santé gynécologique et compréhension des informations. Un constat qui invite à renforcer l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS), mais aussi à mieux relier les connaissances aux parcours de soins
Une impression d’information à relativiser
Les jeunes interrogés se déclarent plutôt bien informés : 64% estiment avoir un bon niveau de connaissance en santé gynécologique, dont 14% un très bon niveau.
Cette perception est davantage exprimée par les femmes (70%).
Mais les réponses détaillées montrent que la connaissance déclarée recouvre souvent une simple familiarité avec les termes. Le rapport distingue en effet les personnes qui savent précisément de quoi il s’agit de celles qui n’en connaissent que le nom.
Ce décalage concerne également la représentation du suivi gynécologique.
Le gynécologue est cité par 89% des répondants comme un professionnel susceptible d’assurer ce suivi, devant la sage-femme (61%) et le médecin généraliste (37%). Pourtant, les jeunes femmes déclarent avoir consulté pour la première fois un professionnel de santé dans ce cadre à 18 ans en moyenne. Le rapport ne permet pas de conclure qu’un âge plus précoce serait systématiquement nécessaire, mais il suggère que les repères d’accès au suivi restent insuffisamment connus.
Un élément à noter : 55% des hommes déclarent avoir déjà conseillé à leur partenaire de consulter un professionnel pour sa santé gynécologique. Les raisons évoquées concernent principalement des problèmes de santé, des douleurs répétées ou la contraception.
Le frottis : connu de nom, mal situé dans le parcours
Le frottis du col de l’utérus est connu au moins de nom par 84% des jeunes interrogés. Toutefois, seuls 41% déclarent savoir précisément de quoi il s’agit ; 43% en ont seulement entendu parler et 16% n’en ont jamais entendu parler.
Lorsqu’ils sont invités à indiquer l’âge du premier frottis, 66% citent un âge inférieur à 25 ans, 23% un âge de 25 ans ou plus et 11% ne savent pas répondre. Dans une autre question, seuls 29% déclarent savoir à partir de quel âge le frottis est préconisé dans le cadre d’un suivi gynécologique classique. Parmi ceux qui répondent, l’âge moyen cité est de 22,8 ans.
La fréquence est elle aussi mal identifiée. Trente-neuf pour cent pensent qu’un frottis doit être réalisé tous les ans, 29% tous les deux ans, 19% tous les six mois et 5% tous les mois.
Ces réponses ne doivent pas être présentées comme une évaluation du respect des recommandations, mais comme un indicateur de repères incomplets.
En France, le dépistage du cancer du col de l’utérus concerne les femmes et les personnes concernées de 25 à 65 ans, vaccinées ou non contre les HPV. Entre 25 et 29 ans, il repose sur deux examens cytologiques à un an d’intervalle, puis un troisième trois ans plus tard si les résultats sont normaux. À partir de 30 ans, le test HPV à haut risque est recommandé en première intention, selon les modalités nationales.
Le frottis ne doit pas être confondu avec un dépistage général des IST. Il ne remplace pas les tests permettant de rechercher le VIH, la chlamydia, la gonococcie ou la syphilis. La vaccination contre les HPV ne dispense pas du dépistage.
Le cycle menstruel, un savoir encore approximatif
Le cycle menstruel est un sujet largement identifié : 86% des jeunes déclarent savoir à quoi il correspond, dont 52% « tout à fait ». Cette proportion atteint 90% chez les femmes.
Cependant, seuls 26% donnent le nombre de phases retenu par le questionnaire. Près de 74% répondent de manière incorrecte. La durée moyenne du cycle est également mal estimée : 30% citent la réponse attendue dans l’enquête, tandis que la moyenne des réponses s’établit à 15,8 jours.
Ces données doivent être commentées avec prudence. Un cycle menstruel n’est pas identique chez toutes les personnes et sa durée peut varier. La notion de durée moyenne ne doit pas être transformée en norme rigide. L’éducation à la santé menstruelle doit plutôt permettre de comprendre la variabilité physiologique et de repérer les symptômes nécessitant une consultation.
Le syndrome prémenstruel est connu de 69% des jeunes, mais seuls 31% déclarent savoir précisément ce que recouvre cette notion. La parole autour des règles reste par ailleurs inégalement facile : 78% des femmes interrogées disent pouvoir en parler facilement avec leurs proches, contre 65% des hommes qui se déclarent à l’aise pour aborder le sujet. Chez les collégiennes et lycéennes, 40% indiquent que cette discussion est difficile.
Ces résultats rappellent que la santé menstruelle ne relève pas uniquement de la biologie. Elle concerne aussi les douleurs, la gêne, la honte, l’accès aux protections et la capacité à demander de l’aide.
IST : connaître le nom ne suffit pas
Le VIH et le HPV sont les IST les plus connues dans l’enquête. Quatre-vingt-onze pour cent des jeunes déclarent connaître le VIH, mais seuls 57% disent savoir précisément ce que c’est. Pour le HPV, 90% déclarent le connaître, dont 43% précisément. La chlamydia est connue de 75% des répondants, mais seuls 29% affirment savoir exactement de quoi il s’agit.
Les modes de transmission sont également imparfaitement identifiés. Parmi les jeunes déclarant connaître le VIH, les trois réponses les plus citées sont les rapports vaginaux non protégés, les rapports anaux non protégés et la transmission par le sang. Les rapports sexuels oraux non protégés ne sont cités que par 46% d’entre eux.
Pour le HPV et la chlamydia, les jeunes citent principalement les rapports vaginaux, anaux et oraux non protégés. Le rapport montre toutefois que certains associent aussi, à tort, la transmission à des voies telles que la salive ou des rapports protégés.
Le dépistage constitue un autre point de vigilance. Quarante et un pour cent des répondants déclarent avoir déjà effectué un dépistage pour une IST. La proportion atteint 49% parmi ceux qui ont déjà eu des rapports sexuels, contre 21% chez ceux qui n’en ont jamais eu. Le principal lieu de dépistage déclaré est le laboratoire d’analyses médicales ( 57% parmi les personnes déjà dépistées) devant le CeGIDD ( 22%) et l’hôpital ou la clinique (19%).
Ces résultats invitent à transmettre des informations concrètes : une IST peut être asymptomatique ; le dépistage dépend de la situation individuelle ; les lieux d’accès sont multiples ; et l’absence de symptômes ne suffit pas à exclure une infection.
Vaccination : une confusion préoccupante
Le rapport met en évidence une confusion entre les IST pour lesquelles une vaccination existe et celles pour lesquelles ce n’est pas le cas.
Parmi les jeunes qui déclarent connaître chacune des infections concernées, 67% pensent qu’un vaccin existe contre le HPV. En revanche, 28% pensent à tort qu’un vaccin existe contre le VIH et 26% contre la chlamydia. Chez les collégiens et lycéens, la proportion attribuant à tort un vaccin au VIH atteint 41%.
Parmi les jeunes qui connaissent le HPV et savent qu’un vaccin existe, 54% déclarent être vaccinés. Le médecin généraliste est le professionnel le plus souvent cité pour la vaccination (69%) devant le pharmacien (13%), le gynécologue (8%) et la sage-femme (7%).
La prévention vaccinale doit être présentée comme un outil complémentaire. La vaccination contre les HPV ne protège pas contre toutes les infections sexuellement transmissibles et ne remplace pas les autres moyens de prévention ni le dépistage du cancer du col de l’utérus.
L’EVARS doit construire des compétences
Le rapport montre que les jeunes sont exposés à une multiplicité de sources. La notion de consentement a notamment été rencontrée sur les réseaux sociaux, auprès des amis, dans les médias, au cours de la scolarité ou dans les échanges familiaux.
Soixante-dix-huit pour cent définissent le consentement comme un « oui » donné de manière libre, claire et volontaire. Toutefois, certaines représentations erronées persistent : 13% estiment qu’il peut être donné sous l’influence de l’alcool ou de drogues, 12% qu’il est implicite lorsque deux personnes se connaissent depuis longtemps et 11% qu’il reste valable même si la personne change d’avis pendant l’acte.
Le rapport indique également que 46% considèrent que les douleurs pendant les rapports sexuels ne sont pas normales et qu’il faut en parler à un professionnel. Mais 25% pensent que cela peut arriver sans que ce soit grave, 9% que c’est normal et 9% ne savent pas répondre. Chez les collégiens et lycéens, 41% retiennent la réponse selon laquelle cela peut arriver sans être grave.
Ces résultats donnent à l’EVARS une responsabilité importante : transmettre des connaissances, mais aussi apprendre à reconnaître une situation, questionner une croyance, rechercher une source fiable et s’orienter vers un professionnel.
Le programme ne devrait donc pas être conçu comme une succession de messages isolés. Il doit s’inscrire dans la durée, avec des contenus progressifs et adaptés à l’âge. La formation des intervenants, la coordination avec les professionnels de santé et la présentation des ressources locales sont déterminantes.
Une information orientée vers l’action
Le rapport OpinionWay pour HEYME ne permet pas de mesurer directement l’efficacité du programme EVARS ni d’établir un lien de causalité entre le niveau d’information et les comportements de santé. Il s’agit d’une enquête en ligne menée du 26 janvier au 6 février 2026 auprès de 1 003 Français âgés de 15 à 28 ans, recrutés selon la méthode des quotas et interrogés par questionnaire auto-administré en ligne. Les résultats doivent être interprétés en tenant compte des marges d’incertitude mentionnées par le rapport.
Il apporte néanmoins un enseignement central : les jeunes connaissent souvent les mots avant de maîtriser les repères. Ils ont entendu parler du VIH, du HPV, du frottis, de l’endométriose ou du cycle menstruel, mais la compréhension précise des mécanismes, des signes d’alerte, des modalités de prévention et des lieux de recours reste inégale.
Renforcer la sensibilisation à l’école apparaît donc pertinent, à condition de ne pas confondre quantité d’information et qualité de l’éducation. L’objectif de l’EVARS devrait être de faire passer les élèves d’une connaissance déclarative à une véritable capacité d’action : savoir quand consulter, à qui s’adresser, comment se protéger, comment demander un dépistage et comment reconnaître une situation préoccupante.
Les sages-femmes ont toute leur place dans cette démarche. Leur expertise en santé sexuelle et reproductive, leur approche globale et leur capacité à accueillir les questions sans jugement peuvent contribuer à rendre les messages plus concrets, plus accessibles et plus directement utiles dans les parcours de santé.
Les chiffres à retenir
• 64% estiment avoir un bon niveau de connaissance en santé gynécologique.
• 84% déclarent connaître le frottis du col de l’utérus, mais 41% seulement disent savoir précisément ce que c’est.
• 29% déclarent savoir à partir de quel âge le frottis est recommandé.
• 86% déclarent savoir ce qu’est le cycle menstruel, mais 26% connaissent le nombre de phases retenu par le questionnaire.
• 30% donnent la durée moyenne attendue du cycle dans l’enquête.
• 91% déclarent connaître le VIH, mais 57% précisément.
• 75% déclarent connaître la chlamydia, mais 29% précisément.
• 41% déclarent avoir déjà réalisé un dépistage pour une IST ; 49% parmi ceux qui ont déjà eu des rapports sexuels.
• 67% pensent qu’un vaccin existe contre le HPV ; 28% pensent à tort qu’il existe un vaccin contre le VIH.
• 46% estiment que les douleurs pendant les rapports doivent être abordées avec un professionnel, mais 25% les considèrent comme possibles sans gravité.
