Pourquoi ne pas donner plus d'humanité à un accouchement par césarienne, dans un environnement qui peut paraître froid et hostile pour la patiente?
Quand le mauvais vécu d'un accouchement reste gravé
Au cours de l’entretien prénatal, j’ai rencontré Mme P, qui 10 ans après son dernier accouchement, attendait son 4e garçon.
Elle a vécu deux césariennes : l’une prophylactique à 38 semaines d'aménorrhées pour gémellité, selon le protocole en vigueur de la maternité, l’autre, systématique pour utérus cicatriciel.
De ces naissances, Mme P, a ressenti une énorme frustration de ne pas avoir mis au monde ses enfants naturellement, de la séparation dès la naissance et des difficultés à instaurer une relation avec eux rapidement. Un mauvais vécu qui s’explique aussi par un sentiment de solitude, sans son conjoint et sans ses bébés le jour de son accouchement. A travers son histoire, revenait sans cesse le mot « subir » : « j’ai dû subir ma première césarienne, j’ai subi la douleur, le fait de ne pas pouvoir m’en occuper …. ».
La césarienne moins médicalisée, une solution envisageable. Ce fut une évidence, à travers son désarroi, trouver un processus lui permettant de mettre au monde son 4ème enfant de la meilleure façon qui soit pour elle et son mari s’imposait. Il fallait qu’elle accepte pleinement et sereinement cette 3ème naissance par césarienne.
Alors lorsque je lui ai posé la simple question : « que souhaitez-vous pour la naissance de votre enfant? », elle m’a répondu 3 choses : « que mon mari soit présent, que je participe à sa venue au monde, que je puisse le prendre sur moi dès sa naissance ».
En tant que sage- femme ces demandes sont banales quand il s’agit d’un accouchement par voie basse mais lorsqu’il s’agit d’une césarienne, il en est tout autrement .Je savais que dans d’autres pays, il se pratiquait des césarienne moins médicalisées, plus participatives pour les futurs parents. J’ai lu divers articles et pris contact avec l’obstétricien en charge de Mme P, que je savais attentif au bien-être de ses patientes, pour lui exposer son projet de césarienne "naturelle" et comment je voyais son exécution.
La mise en place du projet
Il a été tout de suite favorable à cette demande, nous avons alors informé les professionnels de la salle de naissance de ce projet. La veille de la césarienne, j’ai vu les équipes pour tout finaliser et surtout les rassurer. Le jour de la naissance, l’ensemble de l’équipe a été formidable. Mme P accompagnée de son mari dès le passage au bloc opératoire, a mis des gants stériles pour accueillir son bébé dès sa sortie, elle l’a attrapé des mains de l’obstétricien pour l’amener vers elle et savourer ensuite un réconfortant peau à peau.
Changer le cours des choses
La joie et le bonheur dans les yeux des parents ont été le meilleur des remerciements pour toute l’équipe. Elle-même nous a écrit "que le déroulement de cette naissance a changé à jamais le cours des choses …"
Malgré les contraintes d’organisation et d’asepsie, la patiente nous a transmis : "on m’a permis de vivre cette inévitable césarienne le mieux possible […] avec une impression de vivre un accouchement naturel, ce qui m’avait manquée jusque-là pour avancer […] je suis certaine que cela a permis une belle rencontre entre mon bébé et moi et la relation fusionnelle que je partage aujourd’hui avec lui ".
De telles rencontres nous permettent de réfléchir, de réaliser que les accouchements, voie basse ou voie haute, ne nous appartiennent pas et nous nous devons d’accompagner les couples dans leur projet de naissance, de « proposer cette méthode à celles qui ont fait l’expérience de césariennes traumatisantes et ne pouvant se défaire du sentiment d’échec et de femme non accomplie » comme nous l’a exprimé Mme P. Et ceci, malgré nos difficultés de logistiques et de nos obligations médicales.